Une source qui coule clair sur une carte ou dans le souvenir d’une sortie précédente ne garantit rien le jour où l’on compte réellement sur elle. L’eau, en montagne, se prévoit et se transporte : elle ne se trouve pas au moment où l’on en a besoin.
Une quantité à calculer avant de partir
Un randonneur actif perd davantage d’eau par transpiration en altitude qu’en plaine, entre l’effort de la montée et un air souvent plus sec. Prévoir un litre et demi à deux litres pour une sortie de plusieurs heures reste un ordre de grandeur raisonnable, à ajuster nettement à la hausse par forte chaleur ou sur un itinéraire sans aucun point de ravitaillement identifié à l’avance.
Pourquoi une source visible n’est pas une garantie
Un point d’eau repéré sur une carte peut être à sec en fin d’été, tari par un hiver peu enneigé, ou tout simplement inaccessible sans détour important. Une eau qui paraît limpide en amont d’un pâturage n’offre par ailleurs aucune garantie sanitaire : la présence d’animaux ou d’un terrain agricole en amont suffit à contaminer un cours d’eau sans que rien ne le trahisse à l’œil.
Repérer les points fiables avant de partir, pas pendant la marche
Un point d’eau mérite d’être vérifié avant le jour J, auprès de quelqu’un qui l’a vu couler récemment, plutôt que d’être simplement repéré sur une carte sans confirmation actuelle. Un été sec peut assécher une source réputée fiable les années précédentes, et rien ne garantit qu’elle coule encore au moment précis où l’on comptera sur elle.
La déshydratation en altitude se remarque parfois plus tard qu’en plaine, masquée par un air sec qui limite la sensation de transpiration visible, alors même que le corps perd de l’eau en continu par la respiration et l’effort. Attendre la sensation de soif pour boire revient déjà à réagir en retard : mieux vaut boire par petites quantités régulières tout au long de la marche, sans attendre ce signal pour s’hydrater.
Un enfant ou une personne peu habituée à l’effort en altitude peut avoir besoin d’une part d’eau supplémentaire par rapport à un marcheur aguerri, un écart qu’il vaut mieux anticiper en prévoyant une marge plutôt qu’en répartissant l’eau à parts strictement égales entre tous les membres du groupe au départ.
Ce que recommande l’autorité sanitaire
L’ANSES déconseille de consommer une eau de surface sans traitement préalable, quelle que soit sa clarté apparente, en raison du risque microbiologique qui ne se voit ni ne se sent au goût. Cette recommandation, disponible sur le site de l’ANSES, vaut particulièrement en montagne, où l’origine exacte d’un ruisseau, et donc ce qu’il a traversé avant d’arriver là, reste le plus souvent impossible à vérifier sur place.
La filtration, un complément, pas une excuse pour partir léger
Un système de filtration ou de purification réduit le risque, mais il ne remplace pas une réserve d’eau suffisante calculée avant le départ : il vient en appoint pour une sortie plus longue que prévu, pas comme stratégie principale d’approvisionnement. Cette logique de préparation, qui vaut aussi pour l’équipement transporté dans le sac, rejoint celle développée à propos des équipements à vérifier avant un déplacement hivernal, où anticiper compte toujours plus que réagir sur le moment.
Partager une même gourde entre plusieurs marcheurs, en cas de doute sur une source traversée en chemin, expose inutilement tout le groupe si l’eau s’avère finalement contaminée. Mieux vaut que chacun porte sa propre réserve, calculée à l’avance selon la durée prévue de la sortie, plutôt que de compter sur un partage improvisé une fois déjà sur le terrain, loin de tout point de ravitaillement fiable.


